Entreprises par le Centre archéologique municipal, d’abord sous la direction de Karl Bouche, puis par Guillaume Lassaunière, Directeur du Centre, des fouilles ont été réalisées de septembre 2008 à janvier 2009, puis de janvier à avril 2011 aux abords de la collégiale Saint-Piat. A partir des articles parus dans notre bulletin Collégial’Info (depuis le n° 6 de décembre 2009) nous résumons ci-après ce que ces fouilles ont révélé.

 D’abord, le diagnostic a permis, en 2008-2009, d’émettre une hypothèse concernant la façade de la collégiale : celle que, jadis, on entrait dans l’édifice par une tour-porche, tenant à l’édifice et se trouvant au centre face au parvis dénommé depuis juillet 2007 « Parvis Cardinal Albert Decourtray ». Une fois franchie cette tour, on pénétrait dans la collégiale ; pour situer les choses, et sous réserve d’autres recherches archéologiques, disons que cela devait correspondre, à peu près, à la limite actuelle de la tribune destinée à supporter un orgue. Par la suite, le clocher a été déplacé, à l’endroit où il est actuellement ; cela a dû se faire dans le premier tiers du XV° siècle, d’où la date de 1431 qui figure dans sa partie supérieure.

 La façade a donc été avancée, à son niveau actuel. Faut-il faire un lien avec l’escalier d’entrée de la crypte qui a été retrouvé lors des fouilles précédentes, à l’intérieur de la collégiale ? Le fait que la façade était plus rapprochée, il s’avérait sans doute plus pratique de descendre dans la crypte à l’opposé de l’escalier actuel. Rappelons que les archéologues seclinois ont trouvé, dans cet ancien escalier, une date gravée sur une paroi, celle du 6 mai 1487, c’est-à-dire durant le siècle où la tour-porche a été déplacée.

Quant aux alentours de la collégiale, quatre sites ont été explorés : devant sa façade, sur le parvis Cardinal Albert Decourtray ; au sud, côté rue Jean Jaurès ; place du Général de Gaulle ; et au nord, rue Abbé Bonpain. Nous détaillons ci-dessous les éléments les plus importants découverts par les archéologues municipaux, et ce à partir des articles écrits à l’intention de notre Association par Guillaume Lassaunière. C’est notre passé qui a été ainsi redécouvert…

 

 I – Devant la façade de la collégiale, parvis Cardinal Albert Decourtray

Plusieurs niveaux de cimetières : des squelettes superposés au fil des années. Des traces d’un chemin qui venait de l’actuelle rue Abbé Bonpain, passait devant la collégiale et continuait vers la ruelle des Clochettes. On peut émettre l’hypothèse qu’il se dirigeait vers l’hôpital Saint-Nicolas dont les fondations ont été retrouvées en 2005 lors du chantier de fouilles des Jardins du Moulin, à l’angle des rues Sadi Carnot et Marx Dormoy. Cet hôpital est mentionné dans des textes datés de 1251 mais on sait qu’il existait avant 1246, date de fondation de l’hôpital Notre-Dame par la comtesse de Flandre, Marguerite.

 

 II – Au sud de la collégiale

Il s’agit de l’espace compris entre la collégiale et la rue Jean Jaurès. Il y eut tout d’abord la découverte des fondations d’un cloître qui jouxtait la collégiale et qui a été démonté au cours du XVIIème s. Des sépultures ont été retrouvées à cet endroit, sans doute de dignitaires.

 C’est de ce côté qu’ont été mises au jour de nombreuses fondations de constructions relatives aux bâtiments des ecclésiastiques. Nous sommes là en plein quartier canonial, c’est-à-dire le territoire qui, englobant la collégiale, appartenait au Chapitre des chanoines. Il était fort important puisque, si l’on se réfère au tracé des rues qui existent de nos jours, il a pu se délimiter ainsi, avec les réserves habituelles faute de preuves tangibles :

 -toute la rue Jean Jaurès jusqu’à la place Saint-Piat

 -toute la rue Abbé Bonpain, la rue Saint-Louis qui se continuait jusqu’à la rue Marx Dormoy

 -la rue Marx Dormoy jusqu’à la rue Carnot

 -la rue Carnot qui rejoint la rue Jean Jaurès

Sous ce qui est devenu un parc de stationnement, face à La Voix du Nord et à La Palette du libraire, les archéologues ont retrouvé, au sujet des constructions, des matériaux durables agencés avec soin, des assises de moellons de craie minutieusement équarris, des espaces de circulation parfaitement plans, une cour intérieure recouverte de terres cuites pour éviter de patauger dans la boue, des puits pour puiser l’eau de la nappe phréatique, des latrines à usage privatif, une conduite maçonnée pour drainer les eaux usées. On peut donc ici parler d’éléments de confort et d’hygiène ; c’est là que se trouvait la maison du Doyen.

 Outre ces éléments de constructions, les archéologues ont pu recueillir des objets très divers qui apportent des indications fort précieuses pour le passé de cet endroit. Ils furent exposés lors de journées « Portes ouvertes » au Centre archéologique et se rapportaient à un vaisselier médiéval et moderne, couvrant une période de 5 siècles (13ème au 18ème s.) : cruches, pichet, gobelets, bouteilles et poêlons.

 Là également, le sous-sol contenait des fragments de vitraux et de vitrerie qui devaient orner des bâtiments implantés au sein de l’enclos canonial. Les archéologues, en les décrivant, ont précisé : « Présents entre le XIVème et le 20ème s. sur le site, ils peuvent aussi bien provenir de bâtiments civils que d’édifices religieux ». Dans ces conditions, il est impossible de dire à quel emplacement ils se trouvaient à l’origine.

 Toujours au même endroit, une autre moisson a été récoltée, celle d’un abondant matériel architectural formant au total 250 pièces de toute nature, ce qui a représenté 168 fragments pour le dépôt lapidaire du Centre archéologique seclinois. On peut citer : des socles, des bases de colonnes, des tambours de colonnes, des tronçons de colonnettes, des chapiteaux, des tailloirs (partie supérieure d’une colonne qui surplombe le chapiteau et reçoit les nervures d’une voûte). Les archéologues ont constaté l’importance du phénomène de remploi à l’époque moderne (15ème au 17ème s.), beaucoup de pièces ayant été recyclées On trouve là aussi bien de la pierre bleue de Tournai, des grès roses de l’Ostrevant et des craies blanches du Mélantois.

 

 III – Place du Général de Gaulle

 Là se trouvait la continuation du cimetière paroissial de la rue Abbé Bonpain (et sans doute de tombes situées sous l’actuelle collégiale) dont la mise en service au Xème siècle indique la double vocation du nouvel édifice : à la fois église paroissiale et collégiale des chanoines. Au milieu de ce cimetière, deux découvertes exceptionnelles ont été faites car elles ont un rapport immédiat avec la collégiale.

 Tout d’abord, un mélangeur à mortier que l’on peut dater du Xème s, c’est-à-dire de l’époque où a été construit l’édifice religieux primitif qui se localiserait sous les fondations de la collégiale actuelle. Comme son nom l’indique, ce mélangeur à mortier a servi à l’édification de cette église. C’est une chance extraordinaire qu’il n’ait pas été détruit au fils du temps. Il se présente sous la forme d’un bassin circulaire ouvert ; au centre, un poteau servait de pivot à une pièce de bois supportant des pales verticales qui assuraient le mélange du mortier.

 La seconde découverte, c’est celle d’un four à cloches qui date sans doute de la construction de la tour-clocher, vers le milieu du XVème s. comme nous l’avons vu précédemment. Les cloches étaient ainsi fabriquées sur place…

 Ces deux vestiges sont donc liés à l’activité d’artisans qui ont œuvré à l’édification et à l’aménagement de la collégiale. Pour l’anecdote, on peut encore dire que les archéologues ont aussi retrouvé les fondations de l’ancien kiosque à musique détruit au début des années 1960.

 

 IV – Au nord de la collégiale

Il s’agit ici de la rue Abbé Bonpain où se trouvent le Jardin de la Victoire et le Monument aux Morts. C’est là qu’était le cimetière, déménagé en 1810, et qui se continuait place du Général de Gaulle. 300 sépultures ont été explorées, ce qui correspond à un petit nombre de la population totale du cimetière. A cet endroit ont également été récupérés des fragments de vitraux et de vitrerie ; les archéologues ont indiqué à leur sujet que « par le type de peintures et la chronologie qui en découle, il est fort probable que ces fragments découverts (…) au niveau du chœur de la collégiale appartiennent à l’édifice religieux. La plupart remontent au 14ème s. (…) Les archives nous renseignent qu’au moins deux interventions ont eu lieu au XIVème s. sur les verrières de l’église (1378-1379 et 1390-1391) ».Et puis, toujours au même endroit, il y a eu cette découverte capitale faite en janvier et avril 2011 : ce qui fut peut-être le premier mausolée de saint Piat…

 C’est dans le bulletin n°12 de juillet 2013 que cela a été décrit par Guillaume Lassaunière, dessins et photographies à l’appui. Pour le situer sur le trottoir longeant la collégiale, on peut dire que le début du mausolée était environ à hauteur du café Au lion de Seclin ; il mesurait 8 mètres et son extrémité aboutissait à hauteur du début du transept-nord de la collégiale. Nous sommes donc là à très peu de distance du Monument aux Morts.

Cet édifice de type semi-hypogé, à savoir en partie excavé à la manière d’une crypte  possédait une entrée étroite sur la façade occidentale (donc vers l’actuel boulevard) à laquelle les pèlerins accédaient par un escalier extérieur. Le sol avait été aménagé solidement. Des baies vitrées existaient, le bâtiment était couvert de tuiles ; une fosse rectangulaire vidée de son contenu confirmerait la vocation funéraire de l’édifice dans lequel a d’ailleurs été retrouvé un fragment de bénitier en pierre calcaire. Sur la paroi intérieure a été repérée une couche préparatoire susceptible de recevoir un lait de chaux avant l’exécution de fresques. Un placage de marbre rouge a aussi été retrouvé, de même qu’un tesson de verre plat translucide rouge à veines rouges ; il proviendrait d’un vitrail plombé. De même les archéologues ont recueilli des tesselles de mosaïques de marbre blanc provenant sûrement d’un décor de pavement.

 Pour conclure sur ce point qui s’avère capital dans l’histoire de la collégiale, nous reprenons ici ce qui a été indiqué dans la brochure éditée à l’été 2013 par la Direction Régionale des Affaires Culturelles, sous la signature de Guillaume Lassaunière :

 « Au regard de ces découvertes exceptionnelles et à la lecture des textes anciens, il serait tentant de rapprocher ce monument de ‘l’élégant mausolée’ élevé par Eloi. A l’origine du culte voué à saint Piat, il a de tout temps été considéré comme le premier lieu de culte chrétien érigé dans la capitale du Mélantois (…).

 « Le démantèlement du mausolée à la fin du IXème s pourrait cependant coïncider avec l’érection de la nouvelle église et notamment de sa crypte encore visible de nos jours en dépit de plusieurs remaniements ».

 

En d’autres termes, l’histoire pourrait se résumer ainsi, sous toutes réserves évidemment car aucun document ne peut corroborer cela : 

-Après son martyre à la fin du 3ème siècle, saint Piat est inhumé, sur place, à Seclin

 -Selon la légende qui découle de textes anciens, saint Eloi retrouve une sépulture au 7ème siècle qu’il identifie comme étant celle de saint Piat et il construit un mausolée, celui qui a peut-être été découvert début 2011

 -A la fin du 9ème siècle, ce mausolée est démantelé et les restes de saint Piat sont transférés dans la crypte de la collégiale alors en construction, dans un nouveau tombeau qui est toujours visible…

  Les fouilles de 2011 nous ont donc permis d’avoir un nouveau regard sur ce que fut le tombeau de saint Piat au fil des siècles.